LE CHENE ET LE LOTUS
Comme toutes mythologie païenne, la mythologie égyptienne comporte
des principes fondamentaux que l’on retrouve systématiquement,
y compris dans les mythes et croyances celtes.
La philosophie des Égyptiens, tout comme celle des Celtes, est attachée
à une théologie et à une conception magico-religieuse
du monde, tout est relié et solidaire, rien n’est définitivement
cloisonné et inaccessible.
Tout comme le druidisme, la religion de l’Égypte ancienne est
à la fois un polythéisme et un monothéisme à
facettes. Le Dieu peut être invoqué sous différents
noms, selon les lieux et pourra apparaître sous différentes
facettes.
Quant à la magie, elle sera utilisée comme les Druides l’utilisent,
elle est totalement naturelle, intégrée dans la nature minérale,
végétale et animale, ainsi que dans la nature de l’homme.
Les Prêtres égyptiens, tout comme les Druides, étaient
totalement conscient de ne pas pouvoir transgresser l’ordre du monde
par des artifices.
Osiris a été formé par son père afin d’être
l’initiateur des hommes, il arracha les hommes à leur existence
de privation. Il leur fit connaître les fruits de la terre, leur donna
des lois et leur apprit à respecter les Dieux. Il parcourra le monde
et enseignât l’agriculture, la religion et les arts, il produisit
une révolution pacifique apportant à l’humanité
la civilisation.
Il était le roi bon et juste qui régna sur l’Égypte
durant l’Age d’Or. Il est aussi le Dieu le plus connu et le
plus fêté en Égypte.
Cette facette d’Osiris, initiateur des techniques et des arts, des
lois et des rites, fait de lui un Ovate, un Barde, un Druide. Il enseigne
aux hommes, comme les Druides le faisaient.
Il serait le premier Druide, et pourrait dans ce contexte être le
Dagda.
En effet, le Dagda était le Dieu Bon, c’est à dire
efficace, doué de toutes les qualités de son état,
mais aussi au sens de bienveillance et de bienfaisance. Cette image du Dieu
bon et efficace est aussi celle d’Osiris.
Le Dagda est aussi le druide primordial, il est le Dieu Druide qui possédait
la Connaissance et la Justice. Il symbolise la Vie et la Conscience et est
l’initiateur du chemin héroïque et spirituel menant vers
la lumière. Osiris est lui aussi ce druide primordial et initiateur,
il est lui aussi le guide de l’humanité vers la connaissance
et la lumière par son enseignement.
Enfin, curieuse coïncidence, le Dagda va s’unir à la
déesse irlandaise Boann, nom de la rivière Boyne, mais dont
le nom signifie « vache blanche ». De cette union naîtra
Oengus, Force unique, dieu solaire vêtu d’un manteau aux rayons
d’or.
Comment ne pas penser à la Déesse égyptienne Hathor,
la vache céleste, présentée sous la forme d’une
femme portant le soleil entre deux cornes.
Hathor était une déesse de Nubie, sauvage comme une rivière,
elle devint reine de la paix et de l’amour. Bien qu’épouse
d’Horus (le fils d’Osiris) elle fut aussi considérée
comme sa nourrice, d’ailleurs son nom, signifie "Maison d'Horus".
Au Nouvel Empire, Hathor peut être représentée sous
la forme d'une vache allaitant le roi. Le nom de la déesse a sans
doute favorisé son association, aux époques tardives, avec
la déesse Isis, également mère d'Horus dans la légende
osirienne.
A Memphis, elle est « la maîtresse du sycomore du Sud »,
arbre sous lequel se rafraîchit le mort (N’oublions pas que
c’est un sycomore qui poussa autour d’Osiris pour protéger
son sarcophage).
Si l’on pousse plus loin cette similitude, le Dagda/Osiris, s’unit
à Boann/Isis(Hathor), la vache blanche/céleste, union qui
donnera naissance à Oengus/Horus.
Oengus et Horus sont tout deux dieux solaires, tout comme Horus, vengeur
du père, les activités d’Oengus sont autant de combats
visant à éveiller, maîtriser et rendre rayonnant le
principe solaire, socialement et spirituellement. Horus dans son combat
contre les ténèbres symbolisées par Seth, Oengus en
faisant cesser les charmes de Fuamnach la magicienne.
Si Osiris est le Dieu de la résurrection, il semble que le Dagda
possède lui aussi cette fonction.
Le Dagda possède un chaudron magique, qui est à la fois chaudron
d’abondance mais aussi chaudron de résurrection.
Osiris incarne le principe de richesse et de la végétation,
il résume le cycle de la nature qui doit mourir pour renaître.
Il est l’Osiris « végétant », lié
aux mystères de la nature. Il est souvent représenté
avec des gerbes de blé.
Certains rites magiques conçus pour assurer la fécondité
de l’année agraire et s’inspirant directement du rituel
des mythes d’Osiris étaient célébrés à
l’intérieur même des tombeaux.
Il est dieu du Grain, dieu du Nil, tout ce qui semble provenir de la terre
peut être considéré comme une manifestation d’Osiris.
Il est aussi le Dieu symbole de mort et renaissance.
Osiris fut le premier Homme Vert symbolisant la végétation
et les cycles de la nature de mort et de renaissance. Il est d’ailleurs
souvent représenté avec une peau verte.
L’aventure d’Osiris ressemble fort à une initiation telle
qu’on les retrouve chez les héros Celtes.
Ainsi Gwyon qui doit mourir pour renaître en Taliésin, Osiris
doit mourir pour renaître en Horus. Il doit aussi être initié
par la mort pour devenir le maître du Monde des Morts.
Osiris mourut deux fois, la première fois enfermé dans un
coffre, il fut protégé par un arbre, le sycomore. Cet arbre
est l’arbre sacré des déesses Hathor et Nout. Nout est
symbole de l’eau du ciel, Hathor est la vache céleste. Par
la protection du sycomore, Osiris est protégé par l’élément
Eau de Nout et l’élément Air d’Hathor. Il est
au sommet de l’axe verticale représenté par l’arbre.
Puis Seth découpera le corps en plusieurs morceaux qu’il jettera
tout au long du Nil. Son corps est alors dispersé selon l’axe
du Nil, du Sud/Feu, source du fleuve, au Nord/Terre, delta fertile où
il se jette dans la mer, élément primordiale.
Taliésin traversera lui aussi deux nuits/morts, la première
dans le ventre de Kerridwen, dans l’eau maternelle, puis dans le sac
de peau où il fût enfermé puis déposé
dans les eaux du fleuve. Pour nos deux héros, le symbole de l’eau
et du fleuve est toujours présent.
Pour chacun des deux Dieux, Osiris et Taliésin, le schéma
de mort, ensemencement et renaissance est respecté.
J’ai ici pris l’exemple d’Osiris dont le mythe est l’un
des plus connus, mais il existe beaucoup d’autres similitudes, au
travers de la personnalité de la déesse Isis, dans l’étude
du mythe d’Horus, au travers des symboles et même dans la vie
quotidienne où les Prêtres-médecins par exemple utilisaient
les mêmes méthodes que les Ovates.
Enfin, pour la petite histoire, dans le texte irlandais « Le livre
de la prise de l'Irlande », Amorgen n’était il pas fils
de mil et de Scota (fille de pharaon), juge et poète, dont le lieu
de naissance est en Egypte ?
Extraits du livre : « Le Chêne et le Lotus » de Lirzhin
aux éditions Les Ateliers du Sydhe
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TRISTAN ET ISEULT
LA ROYAUTE RETROUVEE.
Il y a bien longtemps que, pour la première fois, je lisais cette
vieille histoire qu'est celle de Tristan & Iseult. Je l'avais alors
aimée parce qu'elle était belle. Aujourd'hui, fort mes quelques
acquis, je m'aperçois que je n'en avais pas perçu la substance.
Je vous propose ici quelques unes des choses que j'ai cru percevoir au delà
des mots et de leur douce musique.
Cette légende qui nous vient du fond des âges, qui de Barbes
en Diseuses de Gwers bretonnes c'est transmises de génération
en génération, pour n'être écrite qu'au XIIième
siècle, n'est pas sans en rappeler bien d'autres telles Thésée
tuant le Minotaure, ou encore Arthur et ses Chevaliers de la Table Ronde.
Notre conte a vraisemblablement pour origine un mythe irlandais, plutôt
archaïque, connu sous le nom de "Diarmaid & Grainné",
lui-même inscrit dans la chaîne des événements
de la saga irlandaise. Dans les deux histoires se mêlent éléments
de Sagesse, de romantisme, de tradition druidique, qui font qu'on pourrait
presque croire que le conte est un mélange de plusieurs histoires
qui se suivent, se superposent et quelques fois s'emmêlent. Pour compliquer
encore la situation, il existe certaines versions, notamment au pays de
Galles, où Tristan et Arthur se rencontrent dans des aventures communes,
d'autres où Iseult se dédouble en deux personnages, d'autres
encore où Tristan et Iseult ne meurent pas, ...
Tristan, Saint Georges original, n'est au début qu'un homme simple
parmi beaucoup d'autres. Sa noble naissance n'est pas la condition nécessaire
au possible de ses aventures. Elle est comme la marque de sa prédestination.
Cette prédestination concerne chacun de nous, homme en général
dont le destin est de s'accomplir.
Dès lors, les voyages, rencontres et exploits de nos héros
ne s'entendent plus comme de simples aventures. Cela devient de véritables
parcours initiatiques, parsemés de doutes, d'énigmes et où
se succèdent les étapes d'évolution vers un état
de l'être qu'il m'est pour l'heure difficile de définir.
Essayons maintenant de déchiffrer, dans ce conte séculaire,
les étapes qui firent de Tristan un initié. Débusquons
dans cette histoire qui a subi les arrangements des dogmes qui nous séparent
de son origine, ce fil d'Ariane qui est le repère de nos recherches
intérieures.
En cette époque non datée, et non datable puisque hors du
temps, Marc'h règne sur le royaume de Cornouailles. Comme tout Roi
de cette époque celtique, sa fonction est d'inspirer le royaume et
de redistribuer toutes les richesses entre tous les sujets. Mais, pour mener
à bien cette tâche, il se doit d'être un homme accompli,
une sorte d'archétype de l'homme idéal. Pour ce, il doit d'abord
maîtriser ses inverses, réunir ses principes blancs et noirs,
masculins et féminins, et équilibrer le tout. Pour montrer
cet équilibre à son peuple, et du coup montrer la fertilité
du royaume, il se doit de prendre épouse et d'assurer sa descendance.
Ainsi le Roi Soleil doit-il s'associer à une Reine Lune pour montrer
l'équilibre. Sans cela, il sera déchu de son trône,
car considéré comme inapte à régner et à
enseigner par l'exemple. Marc'h est un peu orgueilleux et, pour se maintenir
tout en mimant de céder à la coutume, il déclare qu'il
épousera la femme aux cheveux blonds comme celui qu'un jour, un oiseau
tenait dans son bec (à ne pas confondre avec le fromage) et qu'il
déposa à la fenêtre de la chambre du Roi. Mais, comme
tout Roi de cette époque, c'est un interdit pour Marc'h que de quitter
les frontières du royaume. Alors pour trouver la femme blonde, il
envoie Tristan, son neveu secret et héritier du trône, l'écartant
du coup des assauts de certains barons félons qui voyaient ce potentiel
héritier d'un mauvais œil. Car à ce moment, Tristan est
bel et bien vu comme le futur Roi. De plus, Tristan connaît l'Irlande
en général, et la cour en particulier, puisqu'il s'y est fait
soigné des blessures du Morholt. Et puis, n'est-ce pas lui qui l'a
vaincu ce Morholt, ce géant qui incarnait à lui seul tous
les peines des hommes de Cornouailles ? N'a-t-il pas ainsi prouvé
qu'il savait manier les armes, ses premiers outils. Et alors qu'on le laissa
pour mort sur une barque sans voile ni rame, n'est-ce pas aussi Tristan
qui revînt guéri de sa navigation solitaire et magique ?
Accompagné de ses plus fidèles compagnons, Tristan part
donc à la recherche de la belle blonde comme d'autres partirent plus
tard à la recherche du Graal. Après un long voyage en mer,
tous parviennent en Irlande et débarquent à Weisefort, la
ville du Roi d'Irlande. Là, Tristan apprend l'existence d'un Dragon.
Mais ce qu'il ignore, c'est la promesse du Roi d'Irlande, Gormond, qui jura
d'offrir sa fille Iseult et la moitié de son royaume à qui
tuerait le Dragon. Tristan, désintéressé mais maîtrisant
ses armes, aspire à affronter le Dragon.
Dans les légendes, le Dragon est généralement représenté
par tellement de formes qu'on en finit par constater, avec raison, que l'on
ignore sa forme réelle et ses vraies dimensions. Par contre, c'est
à ses attributs que l'on finit par cerner sa personnalité
ainsi que ce qu'il représente. Avec ces deux cornes, ces oreilles
velues et son mufle, il incarne quelque chose d'extraordinaire. Et ce trait,
volontairement forcé, nous écarte définitivement de
toutes interprétations terrestres pour une interprétation
plus symbolique. D'abord, ce Dragon ne maîtrise pas le feu qui sort
de ces naseaux et ce feu ne fait que semer la mort et la destruction. En
littérature celtique, cette caractéristique est le strict
inverse du forgeron qui lui maîtrise son foyer et l'utilise pour bâtir
ou redonner la vie. Sans trop se tromper, on peut donc affirmer que le Dragon
représente le côté sauvage de l'homme, cet homme qui
possède initialement plein de qualités qui ne demandent qu'à
être développées. Ce Dragon est l'homme ignorant et
maladroit, mais perfectible. Pour montrer sa puissance, le Dragon ne sait
que s'en prendre aux hommes d'Irlande en les terrorisant et en les tuant.
Il n'accepte pas ce qui lui résiste et massacre tout ce qu'il y a
sur son passage. Ce côté bestial du Dragon est souligné
par sa queue de serpent. Mais cette queue de serpent signifie aussi et surtout
l'attachement du Dragon à la Terre. Il est une image de la Vouivre,
énergies de la Terre qu'il va falloir s'approprier. Il est le symbole
des forces chthoniennes et exécutrices qui, sans intelligence, restent
primitives. Alors, pour s'élever, Tristan devra absolument se séparer
de cette bestialité en tuant le Dragon. En d'autres termes, tuer
le Dragon revient à maîtriser la Terre, à s'approprier
sa puissance, son côté maternel. C'est la séparation
de la Mère, le passage à l'adolescence. Mais le Dragon possède
aussi les attributs de l'avenir de Tristan, car il a des griffes de Lion.
Et le Lion, comme l'Ours qui donna son nom à Arthur, est l'attribut
du Roi.
Tristan se retrouve donc en face du Dragon/Terre. Et les premiers coups
que Tristan assène au Dragon sont vains. Le Dragon furieux va s'en
prendre à Tristan. Par sa seule présence, le Dragon montre
la Terre à Tristan. Puis le Dragon arrache l'écu de Tristan
et notre héros se retrouve la poitrine découverte. Tristan
subira alors les assauts des flammes du Dragon, rencontrant du coup le Feu.
Mais les flammes du Dragon remplissent aussi l'air d'une âcre fumée
et ce sera la rencontre avec l'Air. Enfin, Tristan, après la bataille,
ira se rafraîchir et se sera la rencontre avec l'Eau.
Ainsi Tristan rencontre les quatre Eléments comme prémisse
de son évolution.
Mais revenons-en à la bataille. Le temps est venu de tuer le Dragon,
de vaincre les forces primaires pour commencer à s'élever.
Et pour le tuer, Tristan n'a d'autres choix que de faire pénétrer
son épée dans la gueule du Dragon/Terre, et de la pousser
jusqu'au cœur. Dans d'autres légendes, irlandaises notamment,
le héros se laisse carrément dévorer par le Dragon
pour pouvoir accomplir cette prouesse. C'est là le voyage au cœur
de la Terre, le VITRIOL des Alchimistes. Ayant tué le Dragon, il
en découpe la langue et la place dans sa chemise, contre sa peau,
comme pour pouvoir s'en approprier les vertus. Nous l'avons vu, Tristan
ira ensuite se désaltérer à la rivière. Cette
étape de purification suscitera un dernier sursaut d'orgueil de la
Terre, et la langue du Dragon va se mettre à chauffer jusqu'à
devenir brûlante. Le venin de la langue pénètre et empoisonne
le sang de Tristan qui finit par s'évanouir.
A cet instant, l'histoire nous enseigne que Tristan ne pourra pas s'en
sortir tout seul, il aura besoin d'aide montrant du coup que le parcours
ne peut pas se faire que dans la solitude. Car si Tristan peut guérir
du venin, ce n'est qu'avec l'aide d'Iseult et de sa Mère, qu'il connaît
déjà puisque ce sont-elles qui l'on soigné des blessures
du Morholt. Ce qui n'est pas sans nous rappeler que si Thésée
a pu quitter le labyrinthe, c'est grâce au fil d'Ariane. Et que ce
fil, Ariane le tenait de sa Mère. Notons aussi que Tristan vit là
comme une seconde mort, après celle vécu par les blessures
du Morholt. Deux morts symboliques, chacune suivie par une renaissance grâce
aux bons soins d'Iseult. Deux renaissances, comme deux passages, propres
à toutes formes d'initiation.
Tristan, Iseult et le Dragon, les trois sont réunis pour n'en former
plus qu'un. L'équilibre. Le Triskell.
Tristan, désintéressé comme le fut Arthur en prenant
Excallibur pour son demi-frère Key qui devait tournoyer, se voit
proposer la main d'Iseult par le Roi Gormond. Homme d'honneur et fidèle
à sa promesse, Tristan la refuse au profit de son oncle le Roi Marc'h.
Il repart donc en Cornouailles avec Iseult. Mais Iseult ne désire
pas le Roi Marc'h, et sa Mère, magicienne, lui fabrique un philtre
d'Amour qu'Iseult devra boire en présence de son futur époux.
Or, comme ils naviguaient sous la chaleur, Tristan et Iseult se tenaient
à discourir sur le pont du navire. La carafe étant vide, Iseult
envoie sa servante, laquelle, ignorante de l'existence du philtre, revient
avec une fiole dont elle sert le contenu à Iseult et à Tristan.
Ils boivent leur verre et, fatalement, tombent amoureux l'un de l'autre.
Le destin et la justice prennent alors le pas sur la volonté des
hommes, simples mortels de passage. D'autres versions du conte indique que
la servante, Brangien, a servi consciemment le philtre, permettant ainsi
à Iseult d'accéder à ces désirs intimes en étant
aimé de Tristan. Donc, Iseult aime Tristan, ce qui en fait est normal
puisque c'est bien lui et non Marc'h qui a vaincu le Dragon d'Irlande. Mais
cet Amour signifie aussi et surtout qu'Iseult ne se donnera pas au Roi Marc'h
puisqu'elle a donné son Amour à Tristan. Du coup, Marc'h n'aura
pas de descendance, confirmant ainsi Tristan dans son rôle d'héritier
au trône de Cornouailles.
Tristan, connaissant les quatre Eléments, sera donc normalement
amené à régner, comme Arthur qui sépare Excallibur
du rocher. Et pour régner, Tristan va devoir apprendre à devenir
un homme juste et vertueux. Il va devoir alors acquérir sa royauté
intérieure, la juste proportion.
Cinq. Tristan, Iseult, Marc'h, la servante et le royaume de Cornouailles.
Tristan, la jeunesse et la fougue, le Feu. Iseult, la beauté et la
passion, l'Eau qui doit apaiser le Feu. Marc'h, l'expérience et la
sagesse de la Terre. Brangien, la servante, présence discrète
et réalisatrice des désirs d'Iseult, l'Air. Et le cinquième
élément, tantôt Dragon, tantôt royaume, le catalyseur,
l'éther. La cause et la conséquence réunies. Le but
à atteindre.
Profitons-en pour remarquer que le royaume celtique lui-même est
construit sur le nombre cinq. Ainsi l'ancienne Irlande était composée
de quatre royaumes : l'Ulster, le Leinster, le Munster et le Connaught.
Chacun de ces royaumes possédaient son Roi, sa Reine et sa cour.
Ces quatre Rois étaient au service d'un Roi Suprême, le Ard-Ri.
Ce Ard-Ri, haut Roi, régnait d'une manière symbolique sur
toute l'Irlande, mais il régnait aussi sur une cinquième province,
celle de Meath. Et cette province de Meath avait été créée
au centre de l'Irlande, en prélevant une partie sur les quatre autres
royaumes. Ceci confirme bien que la royauté celtique est placée
sous le nombre cinq. Et ce nombre n'est pas l'apanage de la seule tradition
celtique.
Profitons-en aussi pour rappeler que l'Irlande celtique s'appelait Eriu,
en hommage à une sorte de Déesse-Mère du même
nom, elle-même placée sous le nombre cinq. Cette Déesse
pourrait être incarnée par la Mère d'Iseult, ou d'Ariane
si on considère le mythe hellène.
Revenons-en à Tristan. Pour accéder à son royaume,
Tristan va devoir affronter la jalousie du Roi Marc'h. Et celui-ci contraint
le couple à la fuite. Tristan et Iseult vont donc pérégriner
en Cornouailles à la recherche du pardon du Roi Marc'h. Ils vivront
cachés dans la forêt et cette forêt est un peu comme
l'Eden de la bible car ils s'y seront heureux grâce à cet Amour
qui, à lui seul, semble pouvoir les faire vivre. Dans cette forêt,
l'honneur et la beauté de leur sentiments feront qu'ils ne consommeront
pas leur union, s'endormant chaque nuit séparés par Arvwn,
l'épée de Tristan. Cette quête du pardon nous rappelle
aussi la quête du Graal. Mais qu'est donc ce Graal qu'il faut absolument
conquérir ? Nous-mêmes très certainement.
Ainsi le Roi ne se doit pas de régner, mais de rayonner sur son
royaume. Et ce rayonnement doit être total, dans l'espace en couvrant
toutes les directions du royaume, et dans le temps puisqu'hérité
de nos Pères pour être transmis à ceux qui nous succéderont.
C'est les retrouvailles de cette royauté intérieure que
nous fêtons à Lugnasad. Et parce que, dans un an, Lugnasad
reviendra, il nous est alors montré que la royauté d'aujourd'hui
n'est pas la royauté pour toujours. Sans cesse le trône est
à reconquérir. Expériences qui mûrissent.
L'importance de cette royauté intérieure et rayonnante est
tellement forte aux yeux du conteur, que la royauté terrestre devient
une futilité. Ainsi le Barde finira-t-il son histoire en contant
la mort de Tristan et d'Iseult sans qu'ils accèdent au trône
de Cornouailles. A moins que ce ne soit là une altération
chrétienne du mythe où le couple adultère est puni
par la mort et, du coup, est privé de royauté. Quoi qu'il
en soit, la mort de Tristan et d'Iseult ne doit jamais signifier que la
royauté de l'homme n'est pas de ce monde.
Cette mort prend elle aussi une tournure symbolique en ce sens que la
fin des personnages n'est que le début des héros. L'histoire
laisse la place au mythe et à la légende. Elle devient le
creuset où les générations futures pourront puiser
une parcelle de cette Sagesse à laquelle nous aspirons.
Et le Barde s'approprie les attributs des héros, devenant pérégrinant
à son tour. Il fera appel à ses sens pour s'imprégner
du mythe et pouvoir faire vibrer son auditoire. Il sera artiste, conteur
et musicien pour répandre et transmettre ces vérités
ancestrales à qui voudra bien les entendre. Il sera scientifique
pour expliquer les nombres en montrant la stabilité, la beauté
et la vraie parole de l'héritage de nos Ancêtres.
Le Barde et celui qui l'écoute n'auront de cesse d'enrichir la légende
par les choses qu'ils acquerront eux-mêmes. Et, ceci fait, ils parcourront
le monde avec leur Verge d'Aaron pour, le soir venu, retrouver les hommes
au coin du feu et leur conter ces merveilles comme je viens de le faire
ici.
Arouez
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