Interviews

 

Syd interviewe Philip Carr Gomm
(France 2003)

Philip Carr Gomm est chef de l'OBOD (Ordre des Bardes, des Ovates et des Druides) depuis 1975. Il a pris la suite du mouvement après Nuinn, Ross Nichols, dontil fut l'élève.

Syd : Depuis le mois d’août 2003, les cours bardiques de l’OBOD sont disponibles en français. Est-ce que l’attente des francophones reflète le fait que quelque chose fait défaut dans nos pays ?

Philip : J’imagine qu’il existe en France aujourd’hui la même situation que celle
à laquelle j’ai été confrontée en Grande-Bretagne il y a quinze ans. À l’époque, il y avait très peu de conseils ou d’enseignement accessible à ceux qui désiraient suivre le Druidisme en tant que voie spirituelle. Essentiellement, on devait se rendre chez un Druide qui était disponible pour enseigner. Dans la mesure où ils étaient peu nombreux et où, parmi ceux-là, peu était capable d’enseigner, cette formation était en fait limitée à un très petit nombre d’élèves. J’ai eu la chance de faire partie de ce nombre, et lorsque mon maître m’a demandé de créer un cours d’enseignement à distance, le résultat a été extraordinaire, parce que ceci répondait au besoin de beaucoup de gens qui voulaient suivre cette voie.
Je pense qu’une situation similaire existe dans les pays francophones aujourd’hui. Je crois que bien des personnes souhaiteraient en savoir plus sur le Druidisme, mais qu’ils n’ont pas accès à un programme pédagogique. J’espère donc que la traduction des cours de l’Ordre contribuera à répondre à ce besoin.

Syd : Comment qualifierais- tu ces cours ? S’agit-il d’un manuel ? Qu’est-ce qui au départ t’as motivé de les rédiger

Philip : L’inspiration de créer un tel cours m’est venue à un moment qui s’est avéré crucial dans ma vie. Mon maître Druide, Ross Nichols, était mort en 1975. Neuf ans plus tard il m’est apparu subitement avec la suggestion que tout ce qu’il avait enseigné pouvait être préparé de telle sorte à atteindre des gens où qu’ils se trouvent. Une série extraordinaire de synchronismes s’est produite aboutissant à la demande qui me fut faite en 1988 de diriger l’Ordre. Ainsi le cours fut comme inspiré par mon maître depuis l’Autre-Monde, et le long des quinze dernières années j’ai été témoin des résultats de cette inspiration, qui ont été proprement dit miraculeux quant à la quantité de bien qui en a découlé – c’est-à-dire les personnes dont le cours de la vie s’est trouvé redressé ou transformé, dont la créativité a été libérée, ainsi de suite.
Le cours n’est pas un manuel – mieux vaut le regarder comme un voyage, une exploration et un apprentissage du Druidisme basé sur l’expérience, qui vous parvient sous forme d’une série de leçons tous les mois, accompagnée de cassettes audio et d’une revue mensuelle, ainsi que d’autres aspects comme des forums sur l’Internet et des ateliers.

Syd : Il y a des gens qui m’interrogent sur le prix des cours. Bien que ceci paraisse clair pour moi, personnellement, peux-tu me dire comment ce coût se justifie ?

Philip : Si quelqu’un pouvait proposer un moyen pour obtenir gratuitement l’impression, le papier, l’affranchissement, etc., alors nous pourrions repenser la question, mais ceci est bien sûr impossible. La vérité, c’est que créer, développer, et disséminer un tel cours nécessitent un temps, un effort, et un argent considérables. Force est de couvrir les frais d’impression et d’envoi, etc., et les membres reçoivent une quantité de matériel au cours de l’année. Ayant reçu ce matériel, ils ont la possibilité de nous le retourner s’ils n’en sont pas satisfaits, mais en fait ce n’est qu’un nombre infime de gens l’ont fait, parce que quand ils le reçoivent ils se rendent compte de sa valeur.

Syd : Certains maintiennent que les cours druidiques devraient être ouverts à tous, alors que d’autres sont persuadés que le fait de disséminer des informations et des rituels sur l’Internet constitue une vulgarisation du Druidisme, qui ne sert qu’à le dénaturer. En tant que Chef élu de l’OBOD, comment te positionnes-tu par rapport à ces avis ?

Philip : On ne peut pas plaire à tout le monde ! Certains croient qu’il faut protéger jalousement le Druidisme et ne pas le disséminer à grande échelle, tandis que d’autres pensent qu’il doit être à la portée de tous, sur l’Internet, par exemple, comme tu dis. Pour ma part, je suis d’avis que la voie intermédiaire est la plus sensée – d’une part, le secret style maçonnique de la première approche me semble mal adapté à l’esprit de l’époque, qui nous pousse vers l’ouverture et la synergie avec d’autres idées et d’autres influences. D’autre part, l’attitude laxiste de la deuxième approche est incompatible avec les valeurs de la convenance, des bornes, du retenu, du caractère séquentiel, etc., qui constituent les pierres angulaires de la pratique magique et éducative.

Syd : Les membres de l’OBOD sont internationaux : des gens s’inscrivent aux cours dans le monde entier, depuis la Nouvelle-Zélande à l’Écosse, et de l’Espagne aux Etats-Unis. De quelle manière penses-tu que le Druidisme peut être international ?

Philip : Toute voie spirituelle possède son point d’origine géographique, mais ensuite, au fil du temps, son influence et ses idées se propagent au loin, et tout comme des populations se déplacent et se mêlent, les idées en font de même. A mon avis, ceux qui veulent en limiter l’extension, ne se sont pas rendus compte que ce qui est bon se propage et fleurit, et que ses graines se font tout naturellement transporter par le vent.

Syd : A ton avis, qui, sont les Druides d’aujourd’hui ? As-tu le sentiment que tout le monde possède le potentiel pour être Druide, à condition d’en avoir envie, ou est-ce que tu considères les Druides comme une classe, une caste à part, avec des dons et une lignée particuliers ?

Philip : Je ne regarde très certainement pas les Druides d’aujourd’hui comme formant une caste à part – tout au contraire, je suis persuadé que les Druides sont des gens qui entendent l’appel pour suivre cette voie, où qu’ils habitent et quelles que soient leur classe et leur origine raciale. Il n’y a absolument aucun rapport avec la lignée. Ceux qui prônent la position selon laquelle le Druidisme devrait être réservé aux seuls peuples celtiques ignorent tout simplement les découvertes les plus récentes en matière d’histoire et de génétique. La notion d’identité celtique n’a plus actuellement de sens que comme catégorie culturelle et linguistique, et même là, son utilité en tant que catégorie est minime. À titre d’exemple, si on interprète l’identité celtique comme n’étant pas une catégorie raciale, une personne d’origine slave ou africaine, née, disons, au Pays de Galles et parlant gallois doit être considérée comme celte. Mais alors, quid, si elle ne parle pas le gallois - tout comme la majorité des Gallois d’aujourd’hui ne parlent pas le gallois ? On peut constater que la catégorie commence à n’avoir que peu de signification lorsqu’on l’applique aux gens. Si l’on tient compte, de surcroît, du principe de la croyance à la réincarnation, laquelle est centrale au Druidisme, la notion que seules des personnes d’une certaine ascendance peuvent être des Druides devient encore plus idiote.

Syd : En France, il existe des tensions considérables entre les différents groupements druidiques. Certains parmi eux sont persuadés que le Druidisme doit être transmis exclusivement oralement, voire que cet enseignement doit être réservé aux seuls cercles d’Initiés. Existe-t-il en Angleterre des questions semblables de légitimité et d’exclusivité ?

Philip : Fort heureusement non !

Syd : Dans une interview récente sur l’Internet, tu as déclaré que la mission de Nuinn avait été de faire disparaître une part des influences universalistes et maçonniques dont le Druidisme ésotérique s’était encombré, afin de lui permettre de s’inspirer au contraire de la mythologie celtique et de la compréhension grandissante des Oghams. Quelle dont est ta propre tâche au sein de l’OBOD ?

Philip : Je pense que ma tâche a été celle de rendre le Druidisme pertinent à la vie au 21ème siècle. J’ai l’impression d’avoir poursuivi le travail de faire disparaître une part des accessoires dont le Druidisme s’était affublé et qui étaient devenus caduques, et qu’ensuite je lui ai apporté des éléments que j’ai acquis grâce à l’étude des la psychologie, et particulièrement de la psychologie spirituelle et archétypale. Par ailleurs, la compréhension que nous avons de l’histoire et de la mythologie s’est énormément accrue pendant les années depuis la mort de Nuinn, et j’espère avoir réussi à intégrer une grande part de ceci à la nouvelle version du cours.

Syd : Comment envisages-tu l’avenir du Druidisme ? Penses - tu que les Druides futurs se trouveront encore marginalisés dans la société ? Ou crois-tu que l’avenir accordera partout davantage de liberté de culte aux Druides ? En France, par exemple, il est très difficile de pratiquer le Druidisme sans que certains pensent que l’on est membre d’une secte ou satanique. Aussi des rituels publics, conduits dans des lieux publics, sont-ils rares, voire impossibles.

Philip : En Grande-Bretagne, nous avons assisté à un processus important d’intégration au courant dominant de la société au cours des quinze ans écoulés, d’où le fait que des gens pratiquent le Druidisme ouvertement ici. Nous avons pris part à des conférences œcuméniques et spécifiquement des conférences druido-chrétiennes, et nous avons bénéficié d’une publicité certaine. J’espère qu’il en sera de même en ce qui concerne la France. Je suis conscient que la situation est rendue plus difficile en raison de l’atmosphère engendrée par les suicides de masse liés aux sectes qui ont eu lieu il y a quelque temps et qui ont rendu les gens méfiants vis-à-vis de groupements spirituels ‘différents’ ou ‘bizarres’, mais en fin de compte j’espère que le peuple français, et surtout la presse et les instances gouvernementales, auront le bon sens et l’intelligence de faire le tri parmi les différentes sortes de groupes qui existent. En Grande-Bretagne aujourd’hui, il vous est possible de remplir un formulaire officiel et d’inscrire ‘Druide’ comme étant votre religion sans que cela ne pose problème. J’ai l’espoir qu’une situation similaire prévaudra bientôt en France.

Syd : As-tu un message particulier à l’intention des Français qui souhaiteraient adhérer à l’Ordre ?

Philip : Eh bien, ma suggestion serait de l’essayer ! Ce n’est qu’à l’usage que l’on peut juger, et je pense que très vite vous vous rendrez compte si l’Ordre et son cours d’enseignement vous conviennent. Au cas contraire, retournez-le, et nous vous rembourserons, donc vous n’avez rien à perdre. Mais s’il vous convient, alors j’espère qu’il mettra chez vous en marche une aventure nouvelle faites d’exploration et d’expérience.
Bien des bénédictions à vous !

Philip

/|\
Interview août 2003

contact cours :
www.druiden.info
info [at] druiden [dot] info

 

retour haut de page

 

Syd interviewe Emma Restall Orr
(mai 2003)

Emma Restall Orr, après avoir travaillé avec l'Obod en tant que Druide a été co- décideur du British Druid Order avec Philip Shallcrass. Elle est aujourd'hui fondatrice de l'Ordre de l'If et du Druidnetwork.


Syd : Peux tu nous dire pourquoi tu as décidé de mettre en place le Druid Network ? A quels besoins penses-tu qu’il réponde et auquel rien ne correspondait auparavant?

Emma : Le Druid Network a évolué en dehors de mon travail en tant que chef commun du British Druid Order, un rôle que j’ai assuré pendant presque une décennie. J’ai passé de nombreuses années à développer des idées pour l’Ordre, qui ne s’enrichirent pas autant que je l’aurais espéré, quand mon chef adjoint Philip Shallcrass décida de s’arrêter complètement, je me suis focalisée sur cette organisation plus large, Le Druid Network.
Mon désir était de créer une organisation qui soit pan-druidique, ouverte à tous les Ordres, Groves et autres groupes de spiritualité de la terre, agissant comme un portail d’information et d’inspiration. Je déteste mélanger l’argent et la spiritualité, et j’espérais là faire une distinction claire entre l’administration et le noyau spirituel du Druid Order of the Yew et du British Druid Order. Je déteste aussi la politique et l’exclusivité dans la spiritualité, et nous travaillons pour garantir que le Druid Network sera dépourvu de ces deux aspects.


Syd : Qui sont pour toi les Druides d’aujourd’hui ? As-tu l’impression que tout le monde a le potentiel pour être Druide s’il le désire, ou vois-tu les Druides comme une classe/caste à part possédant des dons spéciaux, une lignée ?

Emma : Si je devais répondre à cette question de manière générique pour toutes les Traditions Druidiques que je vois aujourd’hui, je dirais que le Druidisme est trop divers pour lui donner une définition précise. Cependant tu me demandes mon opinion personnelle, aussi je vais en donner ma vision.
Je vois les Druides comme des prêtres de la nature et des êtres humains. Pour y arriver il faut une sorte d’apprentissage, d’engagement, de dévouement et de sacrifice de soi que beaucoup ne sont pas capables de donner. Le travail, la famille, les blessures de l’âme, les doutes et les distractions, tout éloigne les gens de ces centres d’intérêt.
Beaucoup, s’étant entièrement engagés dans des voies de traumatismes et de réveils brutaux, d’expériences, ont pu percevoir la nature et l’humanité de manière inhabituelle. Ils sont capables d’évaluer la vie plus intensément parce qu'ils savent quelque chose de la mort. Certains sont aussi capables de s’engager suffisamment même si leur vie fût une route facile, et leurs rôles dans la communauté sont le reflet de leurs différentes expériences.
Pendant que certains sont entraînés vers le Druidisme au travers d’une ligne héréditaire, d’autres se sont sentis étroitement affiliés à la Tradition par des connections ancestrales dans un paysage où le Druidisme est la racine. Je considère que l’on ne doit pas juger un Druides uniquement sur les bases d’une lignée.

Syd : Un de tes livres s’intitule « Druid Priestess ».(Druide Prêtresse) Pour toi les Druides sont-ils tous des prêtres, ou peuvent-ils assumer d’autres rôles ? Comment décrirais-tu le rôle d’un Druide aujourd’hui ?

Emma : Je dois préciser que le titre “Druid Priestess » était une idée de mon éditeur, pas la mienne, et qu’il n’est pas de ceux dont je suis le plus fière : il peut paraître prétentieux et peut facilement être mal compris. Le livre fut intitulé en premier « Spirits of the Sacred Grove »,(Lles Esprits du Bosquet Sacré) et qui était mon choix.
Dans une certaine mesure, ci-dessus j’ai déjà répondu à ta question. Je ne dénierais pas l’empressement de certains à s’appeler Druide même s’ils ne travaillent pas au sein d’un sacerdoce, car je crois que ni moi ni personne n’a le droit de juger de telles choses. Cependant, pour moi, oui, les Druides doivent être des prêtres.
Juste comme le mot ‘Dieu’ a chez les Druides une signification très différente de celle du christianisme, il en est de même pour le mot ‘prêtre’. Je ne conçois pas le travail de prêtre du Druide comme celui d’un intermédiaire entre le peuple et les Dieux. Dans notre Tradition les prêtres sont ritualistes, conseillers, professeurs, et leur devoir est un rapport sacré avec tous les esprits de la nature – des arbres aux brins d’herbe, des oiseaux aux coléoptères, qui jaillit du vent à la forêt, à la source, à la mer – aussi bien avec l’humanité qu’avec les ancêtres et les Dieux. Leur rôle est de faciliter le flux de l’Awen, l’énergie sacrée de la vie, sagesse inspiratrice, harmonie, beauté et créativité.
Peut être cela semble trop poétique. En des termes plus terre à terre, le travail du Druide en tant que prêtre est de nous aider à nous trouver nous même, dans le présent, nourri par le passé et le futur, dans la nature, connectés et en harmonie avec notre environnement. Le prêtre nous guide afin que nous retrouvions notre place dans la nature.
Un prêtre pourrait travailler avec des arbres ou des plantes, ou avec des personnes et des politiques, ou la maladie et la mort, avec les oiseaux ou la mer, avec des bébés ou des blaireaux. Peu importe dans quel domaine de la vie il/elle est, car nous avons tous des aspirations et des forces différentes, issues de la génétique et des expériences; ce qui définit le prêtre est qu’il/elle travaille de manière totalement sacrée.


Syd : Il y certaines tensions entre les groupes Druidiques en France. Un certain nombre d’entre eux considèrent que le Druidisme ne peut être transmis qu’oralement, et devrait être réservé à des cercles d’initiés. Existe-il en Angleterre des problèmes de légitimité et d’exclusivité semblables?

Emma : La situation en France est probablement semblable à celle qui existait en Grande Bretagne il y a 25 ans. Il y a toujours des Ordres, ici en Grande Bretagne qui déclarent que l’on doit être Ecossais Gaélique ou Irlandais, ou mâle, ou Gallois et parler couramment cette langue. Il y en a qui clament que vous ne pouvez vous dire Druide si vous n’avez pas été initié dans leur ordre. Nous avons quelques personnes qui se donnent des titres un peu superlatifs, déclarant des juridictions spirituelles sur certaines zones géographiques ou anciens sites.
Comme je l’ai dit précédemment, Je trouve que ce genre de ton pompeux et anathème d’exclusivité d’une intelligence spirituelle, provoquent des conflits et des disharmonies, alors que je vois notre rôle de Druide comme des conciliateurs. Dans notre humanité, il nous est offert l’opportunité exquise de la vie, d’y éveiller doucement les autres, qu’on nous laisse le faire avec honneur et à bras ouverts.
Avec ça, je suis une grande croyante en la Tradition orale, parce qu’elle nous enseigne qu’il n’y a aucun fait – seulement des histoires. Certaines histoires traversent des millénaires, d’âme en âme, de cœur en cœur. Certaines sont perdues et nous n’attrapons que des bribes dans le vent, dans le souffle des arbres, le fredonnement des pierres. Certaines sont nos propres histoires s’échappant hors de notre propre vie. Elles nous enseignent que nous avons différentes perceptions, différentes réalités; elles nous enseignent l'acceptation de l'individualité et de la diversité dans toute la nature. Je suis triste quand la puissance d'une sagesse oralement transmise est écrasée par besoin humain de fait et de stabilité, et - même quand enseigné sans aucune écriture - les enseignements deviennent dogme. La beauté de la Tradition orale est qu'elle change, évolue, maintenant une pertinence naturellement cohérente avec chaque période de son histoire; c'est une des valeurs les plus efficaces du Druidisme.
Je voudrais également ajouter que les enseignements changent en profondeur et en intensité. Si j'enseignais sur la nature du vent et ce que nous pouvons apprendre de lui, ou le conte de Blodeuwedd, je pourrais le faire dans un cercle ouvert. Si j’enseignais comment entrer en transe, laissant l'esprit humain s’envoler dans le vent, pour sentir la nature de sa conscience sous les ailes de hibou de Blodeuwedd, femme maudite faite de fleurs, je travaillerais seulement avec ceux qui ont suffisamment de connaissance et d’initiation.

Syd : Les Ordres druidiques français n’acceptent pas tous qu’une femme puisse être Druide. Alors qu’ils acceptent des femmes dans leurs cercles leur statut n’est pas égal à celui des hommes. Comment considères-tu le rôle des femmes dans le Druidisme d’aujourd’hui ?

Emma : Un des principales raisons pour laquelle Philip Shallcrass m'a demandé de prendre le rôle de chef commun du British Druid Order, ainsi que la raison pour laquelle mon premier livre a été édité, étaient spécifiquement parce qu'il n'y avait pas assez d'énergie féminine dans Druidisme moderne. Ca a été mon travail pour cette décennie d’être au premier plan afin d’amener des femmes à la Tradition, leur montrant que leur présence est la bienvenue.
Aussi je ne supporte aucun préjudice ou exclusivité basés sur le sexisme, je peux accepter que des groupes préfèrent travailler seulement dans l'énergie d'un seul genre. Je sais qu'un certain nombre de cercles druidiques féminins en Grande-Bretagne et en Amérique fonctionnent uniquement avec les puissances de la nature telle qu’elle se manifeste dans le corps et l’Esprit de la femme. Je suis sûr que certains groupes masculins se sentiraient menacés par des énergies féminines et ces théories perturberaient les qualités créées au sein du groupe sans elles.
Quant au rôle que les femmes peuvent prendre dans le Druidisme, je ne sais pas par quoi commencer pour répondre à cette question. Tout d'abord, je considère que l’esprit/âme est plus important que le genre, et deuxièmement que le genre lui-même n'est pas (émotionnellement ou même physiologiquement) entièrement noir ou blanc. Pour moi énumérer ici les bienfaits que les femmes apportent dans tous les domaines de la vie serait prendre le risque de paraître moi-même sexiste et généraliste..
Prenant ce risque, je dirais que le Druidisme a énormément bénéficié de l'intelligence émotive des femmes, de leur profonde empathie et de leur compassion, de leur bonne volonté à soutenir, coopérer, rassembler, de ressentir la passion et passionnément, d'organiser et administrer, et peut-être surtout partager entièrement sans compétition.



Syd : Certains pensent que les cours ouverts à tout le monde, ou que la mise en ligne d’informations et de descriptions des rituels sont en fait une vulgarisation du Druidisme, qui ne font que de le dénaturer. En tant que fondatrice du Druid Network que penses-tu de cela ?

Emma : En tant que fondatrice du Druid Network, et ayant précédemment dirigé un important Ordre druidique, j'ai été accusé de pratiquer une forme diluée du Druidisme, quelque chose d’excessivement modéré et superficiel. C'est uniquement parce que les rituels que je fais en public et qui sont publiés pour la consommation générale ne sont pas des rites magiques plus profonds. Je laisse ma vie privée et pratique spirituelle où ils doivent être: dans le privé.
Je dirais, cependant, que quand j’ai commencé à être connue en tant que Druide il y a 15 ans, le grand public et les médias étaient l'un et l'autre effrayés par le Druidisme, considéré comme quelque chose d’occulte et ‘satanique’, ou ridiculisé comme un idiot courant hippy. De nos jours, en Grande-Bretagne, en dehors des articles satiriques concernant les plus farfelus qui se font appeler Druides, les médias nous prennent au sérieux. La BBC considère le Druidisme comme un mouvement religieux valide et intéressant. Je suis invité a des conférences par l'église d’Angleterre afin de discuter de questions importantes. Je parle à présent dans des écoles, des universités et avec les autorités de l’éducation. Quelques écoles primaires offrent même désormais une journée de congés pour chaque fête celtique aux enfants de Druides.
Ce changement n’est survenu que parce que des personnes comme moi se sont décidées à parler et à expliquer ce qu’était au juste cette Tradition. J’utilise un langage accessible afin d'atteindre les plus larges audiences, de sorte que notre spiritualité qui est l'héritage de nos nations sera de nouveau acceptée, trouvant sa place dans notre culture.
Les mystères les plus profonds, qui ne peuvent être compris qu’avec des années d'études et d’initiation, demeurent au cœur de la Tradition, pour être trouvés et explorés par ceux qui ont fait le voyage pour y arriver.

 


Syd : Le Druid network est une sorte de large plate-forme internationale d’échanges et de communication. Dans quelle mesure penses-tu que le Druidisme peut être international ?

Emma : Tandis que le Druidisme en Grande-Bretagne est un mélange facile entre honorer les ancêtres et honorer la terre, il y a ceux qui dans monde cherchent au travers de leurs origines (ou peut-être un fragment de leurs origines) à apprendre de ces ancêtres venus de ces terres Européennes et druidiques. Quelqu'un peut se sentir entièrement australien, vénérer profondément les esprits de la nature dans ce pays, et pourtant sentir qu’il manque quelque chose. Les enseignements des Druides peuvent les aider à rechercher le chemin de leurs racines, et ainsi faire que leur pratique spirituelle devienne un mélange unique de sagesse héréditaire et d’environnement immédiat. Non seulement les vieilles histoires trouvent un nouveau souffle de vie, mais je vois également ceci comme quelque chose qui ne peut qu’être sain pour l'humanité et le monde de la nature.
En effet, beaucoup de personnes en Grande-Bretagne sont issues d’un mélange de sangs. Ainsi que la plupart des personnes vivant dans les pays développés modernes. Mon propre sang est partiellement britannique et partiellement français Alsacien/Allemand Schwarzwald, la vieille région du celtisme gallique au temps de César. Je suis revenue en arrière au travers de mes ancêtres et j’ai trouvé l'inspiration de toutes ces terres qui est venue s’ajouter à ma propres pratique et à ma propre compréhension du Druidisme.

Syd : Qui peut rejoindre le Druid Network ? Faut t’il être un Druide reconnu ? Etre membre d’un Ordre existant ?

Emma : N'importe qui peut rejoindre le Druid Network. Il est entièrement et activement non-exclusif, à travers lui nous espérons offrir des ressources qui guideront le débutant solitaire timide, aussi bien que le prêtre initié. Vous ne devez appartenir à rien de spécial, ou vous pouvez appartenir à tout ce que vous voulez.
Nous espérons que notre ouverture engendrera et inspirera une gamme étendue d'idées. Même pour ceux qui ont étudié pendant 30 ans, si l'esprit est ouvert aux idées les plus simples, cela peut apporter une inspiration nouvelle.



Syd : Quel futur imagines-tu pour le Druidisme ? Penses-tu que les Druides de demain se trouveront toujours en marge de la société ? Ou penses-tu que le futur apportera aux Druides, un peu partout, plus de liberté de culte. En France par exemple, il est très difficile de pratiquer sans que l’on ne pense que vous faites partie d’une secte ou que vous êtes Sataniste. Pour ces raisons, les rituels publiques sont rares, si ce n’est impossibles

Emma : En Grande-Bretagne, grâce au travail nous avons fait, en présentant le Druidisme au grand public, comme une part inspirée de notre héritage vivant, il est de plus en plus facile de pratiquer ouvertement. Cela vient doucement en Amérique aussi. Je ne vois aucune raison pour laquelle cela ne pourrait se produire dans d'autres pays, si les gens sont disposés à se lever et à communiquer intelligemment avec des personnes hors de la Tradition, expliquant sa nature avec un esprit clair et un cœur ouvert. Je ne parle pas de travailler avec les médias, parce que c’est un travail délicat réservé à certains; je veux dire parler aux collègues de travail, voisins, famille, amis...
Il n'y a aucun risque que les mystères profond de la Tradition soient touchés par ceci, ou dilués de quelque façon que ce soit. Le mysticisme reste une énergie magique centrale dans presque toutes les religions du monde, les aspects qui sont ouverts à tous sont accessibles et agréables, enseignent l’éthique, les vieilles histoires et la célébration.
Je vois le Druidisme évoluer aussi de cette façon. Certaines parties de la Tradition demeureront toujours cachées, et quelques Druides seront toujours en marge de la société (pour que le monde séculaire puisse se sentir comme un endroit étrange et vide). Il y aura également un grand aspect de la Tradition qui sera ouvert, plus particulièrement en ce qui concerne la communauté, la célébration et les enseignements les plus simples , honneur et inspiration, environnementalisme , connexion et responsabilité: disponible à tous et bénéficiant à chacun.



Syd : As-tu un message particulier que tu voudrais adresser aux Druides français ?

Emma : J'encouragerais les Druides et ceux qui étudient la Tradition en France à nous rejoindre, pour communiquer et partager des idées, pour célébrer, de sorte que la richesse de la sagesse spirituelle de la Tradition puisse traverser l'humanité, parce que notre monde en a désespérément besoin.


Syd : Penses-tu qu’une rencontre annuelle, regroupant tous les Ordres druidiques en Europe, afin de parler et ritualiser ensemble est réalisable ou est-ce un rêve ?

Emma : C’est plus qu'une possibilité. Nous faisons les premières étapes pour atteindre cela ! Nous ferons un cairn, chaque personne apportant une pierre bénie de sa propre terre, créant un monument pour honorer la vie. J'attends avec intérêt de vous rencontrer pour cela, de relever la corne d’abondance et de remercier les Dieux et nos ancêtres.

Je vous souhaite beauté, sérénité et inspiration.

Emma Restall Orr (May 2003)
Interviewer : Syd Merle
(Translation guidance : Sandra Guy / Kestrel)

 

retour haut de page

 

 

Seko rencontre Boutios :
les Druides du Québec
(Québec juillet 2004)

Boutios est Druide de la Kredenn Geltiek Iwerzon-Meur au Québec depuis 1986. Il écrit et dirige de nombreux travaux d'étude sur le monde druidique.


1 Seko : Si vous aviez à décrire votre cheminement spirituel, que nous diriez vous ?

Boutios : Ce que je remarque dans mes rencontres avec les gens intelligents et cultivés, c'est leur étonnement de mon choix pour le druidisme. Ils se demandent comment je suis arrivé à cette option qui leur semble pour le moins surprenante, voire marginale. De mon point de vue, mon parcours n'avait rien de plus naturel. Je suis plutôt de nature mystique … "mon âme est de couleur lointaine" comme dit si bien le poète Nelligan. Très tôt dans l'adolescence, j'avais le sentiment que les anciens druides n'étaient pas tout à faits morts ou totalement disparus comme on voulait bien le prétendre. J'avais l'intime, sinon ultime, conviction que ces maîtres anciens, par au-delà du voile des apparences, veillaient sur nous. J'avais aussi, en entendant parler des druides, une impression de déjà-vu, que j'avais dans une autre vie appartenu à cette confrérie de naguère et que j'avais à finir quelque chose qui avait déjà été commencé il y a bien longtemps, bien longtemps. Bref, suite à une longue quête animée par la certitude en nos racines européennes profondes, j’étais animé par un puissant besoin de réparer quelque chose qui avait été brisé et qui demandait à être restauré. Dans cette optique, je ne suis qu'un des nombreux ouvriers qui travaillent au rétablissement du druidisme… Une âme de retour quoi.

2. Seko : Selon vous, qui, sont les Druides d’aujourd’hui ? Avez-vous le sentiment que tout le monde possède, à condition d’en avoir envie, le potentiel pour être Druide ?

Boutios : Les druides d'aujourd'hui sont justement ces âmes en retour. À l'image du Saumon, l'âme finit par quitter l'océan pour regagner la source qui l'a vu naître. Les druides d'aujourd'hui sont des êtres sensibles au naturel, à l'impératif besoin de retrouver la Nature. Le druide ou la druidesse est avant tout un duidisant, c'est-à-dire quelqu'un qui se consacre à la philosophie, à la mythologie et à la théologie celto-druidique. Il s'agit là d'une quête spirituelle qui n'est pas donnée à tout le monde. Le dedma (dharma en celtique) du druide est avant tout de première fonction, celui du guerrier, de deuxième et celui du producteur artisan commerçant, de troisième. La vie contemplative et intellectuelle ne fait pas toujours l'unanimité, certains sentant le besoin de se réaliser dans l'action par les arts martiaux et l'engagement politique ou social préfèrent la Voie du Guerrier ou la Chevalerie, d'autres, préfèrent appartenir à une guilde d'artistes / artisans, à une chambre de commerce ou à une coopérative paysanne… tout ceci en respect des besoins spirituels de chacun selon son dedma, "sa place dans la vie". Il y a des druides, des chevaliers et des maîtres d'œuvre comme il y a en Inde des brahmanes, des ksatriyas et des vaishyas. Une place pour chacun, chacun à sa place.

3. Seko : Selon vous, existe-il des tensions ou des incompatibilités entre les divers groupes druidiques opérant au Québec ?

Boutios : Peut-être ? … Si ces tensions existent, on peut peut-être mettre le blâme sur les incompréhensions, voire incompétences dans certains cas, entre les leaders de groupes d'obédience, soit américaine, soit anglaise ou française et galloise ou bretonne et leurs philosophies divergeantes. Les premiers étiquetés (souvent malgré eux) paganisants mercantilistes, les seconds, universalistes, "droit-de-l'hommistes" et les derniers, communautaristes ou identitaires. La Gorsedd, galloise ou bretonne, est avant toute culturelle et nationaliste, les Ordres druidiques anglais et français, issus des lumières et de la maçonnerie, sont avant tout humanistes ou mutualistes, alors que les collèges américains sont principalement "récréationistes", "néo-paganisants" ou "nouvel-âgistes". Incompatibilités oui donc, mais étrangères à la sensibilité québécoise. Les origines du "druidisme québécois" remontent aux années soixante avec l'enregistrement du "Collège des Druides, Bardes et Ovates du Québec" par un naturopathe de renom. Les "druidisants" québécois n'ont pas, pour la plupart, la prétention de leurs guides ou maîtres européens et encore moins l'idéalisme bon enfant de leurs collègues américains. Comme je disais, les plus anciens druidisants québécois sont issus du milieu des médecines douces. Beaucoup de "druidisants" québécois optent pour le druidisme après avoir milité dans les mouvements environnementalistes. Certains, par respect pour les autochtones, par crainte du ridicule ou d'acculturation, refusent de jouer aux chamans. D'autres, déboutés par le néo-paganisme et le "nouvel-âgisme" marchand à l'américaine, sont à la recherche d'une voie occidentale plus sobre et authentique. Et plusieurs enfin, plusieurs voient dans le druidisme la possibilité de pratiquer une spiritualité issue de la Sagesse Antique permettant des rapprochements avec le védisme. Pour résumer, les druidisants québécois, par respect pour la liberté de foi, de pensée et d'opinion, ne veulent pas importer les problèmes des autres. Le bon sens voulant que "ça prend toute sorte de monde pour faire un Monde" ou encre, qu'il "y a de la place pour tout le monde". Bref, qu'il y a une place pour toutes les options à l'intérieur de la grande mouvance. La recherche de la paix, intérieure et extérieure, semble être le consensus général recherché. Évitons donc les chicanes de famille.

4. Seko : Qu’elle est la progression et le cheminement typique d’un druide qui voudrais se joindre aux Druides du Québec ?

Boutios : D'abord, précisons que la désignation "Druides du Québec" qualifie avant tout un site Internet. Ce site est né d'un projet, un appel à tous, dont le but est de rassembler les druidisants du Québec et de leur donner un forum de communication avec les autres druidisants du monde, francophone et anglophone. Notre objectif étant de briser l'isolement qui afflige la plupart des druidisants et paganisants en région. Nous n'avons pas encore atteint complètement l'objectif, mais disons que nous avons malgré tout réussi à retrouver au moins 4 associations.
Pour se joindre aux "Druides du Québec", il faut avant tout se manifester, nous laisser des coordonnées et faire une demande de renseignements. Si vous appartenez déjà à un collège ou une affiliation reconnue, alors nous en informer. De cette façon nous pourrons vous donner une place à l'Assemblée des Druides du Québec. Un druidisant sans affiliation peut aussi siéger à titre individuel.
Que dois-je faire pour devenir Druide ? Malheureusement, beaucoup de requérants nous posent cette question sans jamais faire suite. Craignent-ils de perdre l'anonymat ? Trouvent-ils la voie du druidisme trop exigeante? Ou simplement, réalisent-ils qu'ils ne s'adressent pas à un club de recréation médiévale ou à un jeu de rôles virtuel ?
Pour adhérer au druidisme, il faut avoir le courage de ses convictions, persévérer et persister.

5. Seko : Quel futur imaginez-vous pour le Druidisme ? Pensez-vous que les Druides de demain se trouveront toujours en marge de la société ? Que pensez-vous que le futur apportera aux Druides, un peu partout ?

Boutios : Les Druides de demain devront prendre les devants en s'impliquant dans les grands débats et combats de l'heure. Notre planète est en surchauffe à tous points vus. Au risque de voir notre monde disparaître à plus ou moins brève échéance, nous n'avons pas d'autre choix que de prendre une plus grande place. Nous pouvons nous opposer à la mondialisation, la surexploitation, la monoculture, la pollution, l'hyper commercialisation, le militarisme, le terrorisme, le déracinement, l'acculturation, la pensée unique et l'universalisme idéologique et religieux. Si nous sommes véritablement des gens de Paix, de Vérité et de Bonté, nous devront alors agir avec courage compassion.

6. Seko : Avez-vous un message particulier que vous voudriez adresser aux Druides québécois ?

Boutios : Aux Druides québécois, où que vous vous trouviez, s'il vous plaît, n'hésitez à nous contacter. René Bouchet, Claudine Beaumier et amis par exemple, il y a des tas de gens qui vous réclament, qui désireraient renouer avec vous. Vous êtes un maillon important dans la chaîne, un élément important de l'histoire du druidisme au Québec. Et les autres, les pratiquants solitaires, les anglo-québecois surtout, entrez dans le cercle de l'amitié, ne vous comportez pas comme des ermites… "no man is an island" !
Il y a de la paix dans le grand cercle !

7. Seko : pensez-vous qu’une rencontre annuelle (ou plus souvent ?) entre les différents groupes druidiques et paganistes devrait se tenir au Québec ? Et toujours selon vous, que gagneraient les différents groupes en se rencontrant ainsi sur une base régulière ?

Boutios : Les druidisants et paganisants ont tout à gagner en s'associant sur une base régulière. En ce moment, nous ne regroupons que trois ou quatre collèges. C'est très peu considérant le nombre de petits groupes et druidisants isolés qui opèrent au Québec. Nous nous rencontrons régulièrement aux huit célébrations du calendrier celtique mais ce n'est pas suffisant. Une conférence ou plénière consacrée aux thèmes et objectifs communs inter-collégiaux serait plus que souhaitable. Je n'ose pas encore imaginer un forum des croyances védiques, païennes ou traditions ancestrales comme il en existe ailleurs, mais c'est tout de même envisageable si nous réussissons à briser le mur du silence.

8. Seko : Quelle devrait être la place des femmes dans le druidisme en général ? Et quelle place occupent-elles au sein des druides du Québec ?

Boutios : La femme est bien à sa place dans le druidisme. Les femmes en druidisme ont un rôle de prêtresse à prendre, chose rare si on compare avec les autres dénominations. J'insiste, le druidisme est non seulement ouvert aux femmes, mais plus encore, est une des seules voies spirituelles existantes qui accorde la prêtrise aux femmes. Pour l'instant, nous avons quelques femmes druidisantes et qu'une seule druidesse consacrée. Il est vrai qu'on gagnerait à être plus connus. En passant, il existe un excellent livre intitulé "La Magie de la Femme celte" écrit par Manon B. Dufour, une jeune universitaire québécoise, qui traite du sujet de la place de femme dans la société celtique et de l'existence de druidesses dans l'Antiquité. Je vous le recommande ne serais ce que pour cette thèse. Voici l'adresse de l'éditeur : Les Éditions de Mortagne, Case postale 116 Boucherville (Québec) Canada, J4B 5E6.

retour haut de page

 

TDN interviewe Syd
(août 2005)

Syd est Druide fondateur de l'Odet. Elle est membre de l'Ordre de l'If, de la Pagan Federation. Fondatrice du C.E.L.T

TDN :
Le druidisme est-il une philosophie, une science ou une religion ?

Syd :
Le Druidisme est pour certains une philosophie, pour d’autres une spiritualité, ou encore une religion. Il est de ces anciennes croyances ancestrales qui consistaient à ne pas sectionner les choses de la vie mais plutôt à voir l'ensemble comme un tout indissociable.
Le Druidisme aujourd'hui c'est sûrement retrouver ce lien entre les choses et les êtres, le passé, le présent et le futur …
Ré - épouser le monde, ré-enchanter le monde.

 

TDN :
Qu'est-ce qu'un druide, un druidisant aujourd'hui ?

Syd :
Un Druidisant aujourd'hui est un homme ou une femme qui a recherché, renoué avec ses racines terrestres et ses antennes aériennes. Il a retrouvé sa place d'être humain au sein du l'Univers, les Lois qui régissent l'ordre naturel des choses et il travaille à les respecter dans sa vie. C’est un pratiquant et un croyant aux Dieux Celtes. Le Druide connaissant ses lois sert les Energies Cosmiques, en quelque sorte il sert les Dieux et donc est au service des différents règnes (minéral, végétal, animal, humain).
A L’Odet il y a les pratiquants, et les Sacerdotaux. Il y a les gens qui veulent pratiquer un culte ancestral, païen, polythéiste et celte, sans être prêtre , et ceux qui souhaitent travailler sur le chemin de la prêtrise, les Bardes, les Ovates et les Druides.. Etre un Druide aujourd'hui c'est presque comme il y a deux mille ans être à la fois Barde, Ovate et Prêtre, utiliser l'art pour exprimer et communiquer le Divin, retrouver la part de Dieux en nous, à travers les mythes et l’histoire (Barde), savoir lire les oracles, pratiquer la médecine naturelle et originelle (Ovate) connaître les Dieux, les mythes, savoir ritualiser. Un Druide est celui qui a bien avancé dans tous ces apprentissages … Il est le Relieur, enseignant. Le Druide Odet est lié à un « Pagus », une Terre qui le nourrie, parfois qui l’a vu naître, d’autre fois qui le verra mourir …. Le Druidisme pratiqué à l'Odet est orienté sur le culte des Ancêtres, l'Esprit du lieu et les Divinités Celtes. Il est sacerdotal et polythéiste. Beaucoup de groupes druidiques aujourd'hui exigent d'avoir été initié et consacré Druide afin d'être reconnu. Il faut donc dans ce cas passer obligatoirement par un groupe où un Druide officiant puisse faire l'initiation. Il existe aussi des Druides autoproclamés. Le Druidisme pratiqué comme une spiritualité où chacun reste maître de sa propre quête n’a pas de notion sacerdotale, tout le monde est Barde, Ovate ou Druide. Il ne s’agit pas de croire que les Druidisants aujourd’hui pensent que le Druide contemporain est identique au Druide antique. Le temps a fait son œuvre et cela est impossible. Mais les chênes , les sources et les noms des Dieux sont venus jusqu’à nous, à nous de savoir retrouver le lien sacré qui nous unis. Nous aspirons à « faire » vivre la Tradition et non pas à la « singer ».

 

TDN :
Quel avenir pour le druidisme ?

Syd :
Les gens ont perdu les repères, les valeurs du monde et se tournent de plus en plus vers tout ce qui peut les rapprocher des choses " naturelles ", saines, comme fut l'origine du monde. Perpétuellement retrouver l’état primordial est une intention primitive qui se retrouve dans le chamanisme mais aussi très clairement dans le Druidisme. L'homme a besoin de retrouver sa vraie place, sa vraie « nature » et le Druidisme offre cette possibilité. Nous avons besoin de regarder , de retrouver ce qui se trouve derrières les artifices toujours plus nombreux dans nos vies … Le Druidisme est cela. Nous semblons fatigués des dogmes et de l'assistanat spirituel ; les êtres vivants ont besoin de se sentir libre et désirent se prendre en charge.
Le Druidisme c'est retrouver le respect de la Terre, de notre environnement, de nous - même en tant que partie de cet environnement. C'est vivre au présent en puisant la force de nos racines afin de mieux construire le futur. Le Druidisme est très attentif à cet équilibre.

 

TDN :
Quelle est la démarche intellectuelle pour devenir druide ?

Syd :
Voilà une bonne question car la première démarche consiste à réapprendre que nous ne sommes pas qu'un intellect, que ce n'est qu'un outil de plus. Retrouver nos intuitions, ne refaire qu'un avec notre corps, notre esprit, notre âme… Donc intellectuellement la première chose à faire est de faire taire son intellect quelques instant !!!



TDN :
Pratiquement comment faire ?

Syd :
Pour devenir Druide il faut d'abord chercher dans le grand livre de la Nature, et puis on peut aussi chercher dans les livres des Hommes (avec plus de prudence). Mais on a très vite envie de partager, de communiquer, d'apprendre aussi de vive voix ou en tout cas avec des directions indiquées par quelqu'un de confiance. Alors il faut se renseigner sur les différents courants et groupes existants. Certains sont très fermés, d'autres moins. Certains sont monothéistes, New - Age, d'autres totalement Païens …
Pour essayer d’être clair, simplifions. Il existe plusieurs mouvances Druidiques. Les groupes et Ordres disons classiques, issus de la Gorsedd du Pays de Galles et des mouvances de Bretagne, certains sont polythéistes, d’autres monothéistes. Puis une deuxième mouvance, plus sauvage peut-être, plus axée sur la Nature et le lien de l’humain avec celle – ci. Ici se rencontres un grand mouvement spirituel, où il n’y a pas de prêtre ni de notion celte et un autre mouvement païen et polythéiste, comme l’Odet.
Il faut donc avant tout bien définir quel type de Druidisme nous voulons pratiquer afin de savoir à quelle porte nous devons nous adresser.
Qu'elle manière de travailler nous interpelle ?

 


TDN :
Que pensez vous des autres groupes druidiques ?

Syd :
(rire) rien, absolument rien
Je respecte les Ordres, Groupes et Clairières qui respectent l’intégrité humaine, qui laisse s’épanouir la particularité de chacun, l’essence de chacun comme une richesse.
Je respecte ceux qui pratiquent une sincère approche du Sacré, clairs et cohérents, ceux qui ne mélangent pas les petits travers de l’ego avec la pratique sacrée d’une spiritualité.
Il y a ceux qui mélangent égo, vouloir et émoi personnel avec la pratique sacrée, pour ceux qui mettent dans le même moule, les héros de télé et les Dieux des Ancêtres, pour ceux qui jouent au Druide, sur un coup de tête ou d’élan de supériorité, de ceux là je ne pense rien, ils ne m’intéressent pas. C’est dans le Cercle qu’on voit le Druide. Dans le Cercle tout ce voit, tout se sait. On ne peut pas tricher avec les Divinités. Chacun pourra se donner tous les titres qu’il veut, c’est dans le Cercle que son lien au Sacré sera visible. Ainsi je ne me pose pas trop de question. Je tiens à ce que les Druides Odet, aient prouvé leur motivation de différentes manières, qu’il n’y ait pas usurpation, mais au – delà de ça je ne pense pas que ce soit nous qui décidons.

 

TDN :
Il semble quand même difficile de rentrer dans un cercle Druidique, pourquoi ?

Syd :
Je crois que la première raison est qu'il y a assez peu de groupes, alors il est difficile de les trouver. De plus le Druidisme ne fait pas de prosélytisme, il ne cherche pas à "recruter", Le Druidisme tel que nous le pratiquons n'est pas difficile d'accès, il suffit de contacter les groupes, de suivre leurs cours etc. le Druidnetwork est une excellente plate forme pour nous donner les liens nécessaires.
Une autre raison tient aussi au fait que les groupes à force d'être approchés par des âmes aux intentions peu louables finissent par refermer les portes.

 


TDN :
En quoi consiste un rituel druidique ?

Syd :
Il y a des parties communes à tous les Druides, comme l'ouverture d'un Cercle à l'intérieur duquel va se dérouler la cérémonie, un appel à la paix aux différentes directions, un rappel de ces 4 directions, la prière des Druides. La Clôture du rituel. Ensuite chacun suivant son école va célébrer le moment du cycle ou l'événement fêté.

TDN :
Comment es-tu devenue Druide ?

Syd :
Il y a d'abord et avant tout un long et patient travail personnel. J'ai eu de la chance car j'ai été élevée dans une famille au charisme marqué en ce sens. Mon arrière grand-père était président de la Société Théosophique d'une très grande ville. Il a aussi fréquenté des gens comme Gardner. Grâce à lui j'ai pu rapidement faire les différences entre les Spiritualités orientales et occidentales ancestrales. Pour le parcours d'initiation, j'ai traversé les années de Barde, Ovate, Druide de l'Obod, puis la fondation de l’ODET …


TDN :
Tes motivations et ton parcours ?

Syd :
Me retrouver, retrouver mes racines, non pas seulement mes racines gauloises, bien qu'elles me soient douces, mais mes racines d'être humain. Retrouver mon appartenance au monde, ma part de Terre, d'Air, d'Eau de Feu. Retrouver mon équilibre et ma santé, physique, morale, spirituelle … participer au grand cycle de la Vie, faire ma part dans le respect des Lois Divines.
Mon parcours ? une enfance Chrétienne avec des touches fortement marquées de Brahmanisme-Hindouisme, Bouddhisme, une approche magique et ancestrale de la spiritualité Ma famille pratiquait le magie naturelle, cet environnement à bercé toute mon enfance … A l'adolescence je me suis tournée vers les religions Amérindiennes et le Shamanisme … mais pourquoi toujours aller chercher ailleurs ce que nous avons ici, aurions-nous été plus bêtes que les autres ? et donc une rencontre avec le Druidisme, ou plutôt des retrouvailles … j'ai cherché dès 1980, mais c'est en 1986 lorsque j'ai commencé à travailler pour mon roman " Les Saisons Gauloises " et donc la rencontre historique avec mes ancêtres que je n'ai plus hésité

 

TDN :
Quelles sont à ton avis les trois qualités primordiales pour devenir druide ?

Syd :
Sans aucun doute l'humilité, la curiosité, la patience ou peut-être le courage, en fait une qualité qui donne le pouvoir d'aller jusqu'au bout en sachant qu'il n'y a pas de bout dans le Druidisme, plus on apprend et plus il y a à apprendre
Aujourd’hui je rajoute aussi , le sens du Sacré, car je me suis rendu compte que beaucoup trop de gens approche les spiritualité comme ils vont acheter leur pain, ou joue dans la cours de l’école, du coup ils passent à coté. Le sens du Sacré est primordial !

 

TDN :
Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait devenir druide

Syd :
De se méfier des fausses pistes d'abord.. puis … de s'y jeter plus avec son cœur qu'avec son cerveau…
Je crois aussi qu'il faut avoir conscience si l'on choisit ce Druidisme que l'on va se remettre en question, souvent, et n'avoir de réponse que de soi. Le Druidisme montre les pistes mais les chemins se croisent sans s'interposer.

 

TDN :
Que veux-tu dire par fausses pistes ?

Syd :
Je veux dire attention aux sectes, aux groupes fanatiques, aux tendances politiques marquées…. Les sectes se reconnaissent dès qu'il y a le culte d'un (ou de plusieurs) individu, nul être humain ne mérite d'être adoré ou vénéré, c'est clair et l'on ne devrait pas y déroger. Un Druide peut être un enseignant, un guide, un tuteur, en aucun cas autre chose.. C'est surtout un compagnon, un interlocuteur, parfois un ami … Il ne peut être votre " Gourou ", ni non plus votre " Psychologue " … Il ne peut pas être sans tache, sans humanité.
Le Druidisme est une affaire intime et personnelle.
Il ne faut pas confondre respect et vénération. Fuir aussi dès qu'on vous demande beaucoup l'argent ou de quitter votre vie (foyer, famille) une religion digne de ce nom doit vous relier non vous aliéner. Se méfier quand on dit que tout est gratuit. Pour le reste quelques mots feront vite la différence, si on exige une couleur de peau, une nationalité… ou que l’on se présente comme un être parfait, vénérable.
Soyons clair, les Druides furent effectivement les prêtes Celtes, oui on peut voir les Celtes comme les " inventeurs " du Druidisme, mais un Druide aujourd'hui est un être qui sait se connecter avec La Terre et Terre ne veut pas dire Nation (d'ailleurs ils ne connaissaient pas cette notion) ! C'est une manière de vivre avec Sa Spiritualité, de se reconnecter avec les Archétypes, et de retrouver sa place dans l'Univers ! Le Druidisme est une religion non révélée et la Nature de son Essence est donc éternelle.